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Dans les pas | d’Edgar P.Jacobs à Lasne

 

Le cimetière de Lasne est l’un des plus paisibles du Brabant wallon. Agrippé sur les flancs d’une colline, il offre une vue impressionnante sur la vallée. Mais c’est le monument funéraire faisant face à l’entrée qui retient le regard. Il est, en effet, rare de trouver un sphinx surplombant une pierre tombale.

 

C’est pourtant ce qu’avait demandé, peu avant de mourir, le père de « Blake et Mortimer », l’auteur de BD Edgar P.Jacobs. Il voulait, de la sorte, offrir l’éternité à un décor qu’il avait imaginé dans l’un de ses ouvrages-phares, « Le mystère de la Grande Pyramide ».


Né à Bruxelles le 30 mars 1904, Edgar P.Jacobs fut ce que l’on appelle un artiste dans tous les sens du terme. Chanteur lyrique de formation, il vit une carrière prometteuse s’éteindre avec la seconde guerre mondiale. Pour se nourrir, il dut réaliser quelques dessins de jouets pour des brochures publicitaires.

 

Remarqué par Hergé, il participa à la refonte de l’illustration de plusieurs albums de Tintin, mais aussi à la conception des décors des « Sept boules de cristal » ou de « Tintin et le Temple du Soleil ». Hergé l’appréciait. A tel point que sa représentation physique, avec son éternel nœud papillon apparait dans plusieurs de ses albums, tantôt comme scientifique momifié dans les « Cigares du pharaon », tantôt sur une affiche d’opéra dans « L’affaire Tournesol ».

 


Mais Jacobs aspirait à créer ses propres personnages. Il donna ainsi naissance, le 26 septembre 1946, dans le premier numéro du journal Tintin qu’il lance avec Hergé, aux aventures de Blake et Mortimer.

 

Et c’est dans sa maison de Lasne, au Bois des Pauvres, qu’il imagine ses histoires. Il avait découvert l’endroit, durant la guerre, grâce au tramway qui reliait, par la vallée de la Lasne, la capitale au Brabant wallon. De nombreux Bruxellois l’avaient utilisé pour y trouver de quoi se nourrir ou s’évader des cauchemars de la guerre. Devenu célèbre avec les aventures de Blake et Mortimer, il avait été contraint de fuir son domicile bruxellois, excédé par les collectionneurs d’autographes ou de dessins originaux qui ne cessaient de le déranger.

 

A Lasne, personne ne le connaissait. Il ne s’impliqua même jamais dans la vie sociale de la commune. Il vivait presque en ermite, s’adonnant quasi-exclusivement à son travail de création et ne quittant sa villa que les mercredis pour aller remettre à l’éditeur du journal Tintin les planches à paraître la semaine suivante. On ne peut même pas dire que l’environnement bucolique dans lequel il travaillait inspira ses dessins, ces derniers étant plus portés dans le domaine de la science-fiction et de l’histoire. Néanmoins, en parcourant ses albums, on peut retrouver le visage de voisins ou la silhouette de l’ancienne gendarmerie.

 


Décédé le 20 février 1987, il ne reste plus rien de l’univers d’Edgar P. Jacobs à Lasne. Sa maison a été rasée. Jusqu’il y a peu, seul ce sphinx dominant le cimetière rappelait qu’il avait habité la région pendant plus de trente ans. Aujourd’hui, même la bibliothèque communale porte son nom.